Julien Roux

Publication de “Journal d'un Chercheur” de Julien Roux aux Éditions Progress



Aujourd'hui paraît mon sixième ouvrage “Journal d'un Chercheur”. Celui-ci est un essai et un journal de bord de dix ans de recherche (2008-2018) en matière de santé, de politique et de philosophie. Il est, pour l'instant, disponible gratuitement en téléchargement.

Un petit extrait en libre accès :

2 septembre 2010

Imaginons que vous soyez membres d’une tribu d’Amazonie et qu’un jeune homme arrive dans votre tribu pour proposer d’ouvrir des mange-rapide, que l’on appelle souvent «fast-food». Dans ce cas, votre tribu se réunirait pour étudier la question et décider que ce genre de choses ne vous intéresse pas du tout et que votre tribu préfère manger les plantes gratuites que la nature met à la disposition des hommes, des animaux et des insectes.

Imaginons, désormais, que votre tribu d’Amazonie soit soudainement équipée de téléviseurs au sein de chacune des huttes de la tribu et qu’un jeune homme bien habillé vous propose dans cette lucarne magique de manger chez mange-rapide, car « c’est très très bon ». Au bout de quelques mois, la tribu acceptera l’implantation d’un mange-rapide, puisqu’on lui a expliqué, à longueur de journée, que c’était absolument génial. Plus tard, un individu dans la lucarne vous expliquera que les centrales nucléaires en Amazonie sont une idée mirifique. Alors, votre tribu acceptera cette idée fantastique, puisque quelqu’un vous a expliqué que c’était d’un raffinement suprême. Quelques mois plus tard, un type dans la lucarne vous expliquera que l’immigration massive est une formidable chance pour l’Amazonie et que rien ne peut être aussi fabuleux. Alors, votre tribu acceptera l’arrivée de dix millions de Chinois puisque le type dans la lucarne magique a dit qu’il ne faut manquer cette opportunité sous aucun prétexte…

Que c’est-il passé ? La parole de la tribu a été remplacée par la parole des hommes de la lucarne. L’autonomie, la culture, l’identité, les traditions, les savoirs de la tribu ont été détruits et remplacés par la propagande des hommes de la lucarne magique.

5 septembre 2010

Ma grand-mère était une industrielle de la province. Chez elle il y avait encore un peu de l’atmosphère du 19e siècle… L’argent était en train de quitter le bateau, mais il restait encore de beaux restes. Lorsqu’il y avait un dîner la bonne sortait l’argenterie et le cristal. Dans la cuisine, j’observais avec curiosité un tableau lumineux qui permettait d’appeler la bonne dans chaque chambre. Elle apportait le petit-déjeuner au lit sur un bruit de sonnette, ou un clignotement de lumière. Il y avait trois salons, celui pour dîner, celui pour faire la conversation et le dernier pour écouter la radio. La cuisine, elle-même, était composée de trois grandes pièces. J’avais le sentiment d’un château, d’un espace immense, de possibilités infinies… Dans une des pièces au fond d’un couloir, un peu sombre, il y avait des centaines de bandes dessinées d’après guerre. C’était les bandes dessinées de ses enfants, désormais adultes depuis longtemps. Elles avaient une odeur de papier moisi et montraient l’atmosphère, l’humeur des années 50… Encore plus au fond de l’appartement, il y avait une porte qui donnait sur l’escalier de service, et là il y avait des pauvres…

Quand je côtoyais ma grand-mère, il n’y avait déjà plus de bonnes, il ne restait qu’un chauffeur à temps partiel. Moi qui aie toujours vécu dans de petits appartements parisiens, j’imagine la joie du notable de province qui pouvait jouir de 300 mètres carrés et de domestiques. Tout cela a progressivement presque totalement disparu… Pour la plupart c’est pain sec, métro et supermarché… Les domestiques ont disparu et nous sommes tous devenus des serviles…

C’est ma grand-mère qui m’a fait aimer la lecture. Elle me donnait du lait concentré sucré et des livres, j’étais aux anges… Peut-être avait-elle senti que les livres seraient un moyen d’élargir mon esprit, face à une époque sanglante.

6 septembre 2010

Après avoir été rédacteur en chef d’une lettre d’information confidentielle sur les médias pendant 10 ans, quelques années plus tard, à la suite d’un décret, de 2007, jetant les fumeurs de tabac à la rue, j’avais décidé d’enquêter de manière indépendante sur la fable du tabagisme passif, inventé en 1939 par les nazis et remis au goût du jour par le fascisme de l’Union Européenne. Je créais donc un site Web collectif dont la mission était d’enquêter sur les sujets peu couverts par les grands médias. En ouvrant la boîte de pandore je fus embarqué dans un déluge de mensonges, de propagandes et d’arnaque scientifiques et politiques. J’avais, avant cela, de gros doutes sur le système dans lequel je vivais, mais ce que je découvris écrasa totalement mes dernières illusions.

Les mots démocratie ou liberté paraissaient soudain provenir d’une autre planète, Jupiter ou Mars. Mais, pour faire ce chemin long et douloureux, il fallait accepter d’ouvrir les yeux sur le monde. Accepter d’avoir été pendant si longtemps un idiot, une autruche qui se cache sous terre. Accepter de perdre ses illusions, ses croyances. Accepter d’être conscient de vivre dans une prison, appelée démocratie. Voir ses chaînes autour des pieds et savoir qu’il n’est pas possible de sortir de cette prison.

Mes amis n’avaient pas envie de faire ce voyage. Ils n’avaient pas le temps et l’envie de savoir. Savoir, c’était comme un après-midi dans un parc d’attractions, où soudain les gentils animateurs se transforment en vampires. Comment faire pour rester ensuite dans le parc d’attractions ? Comment faire pour ne pas sombrer dans la paranoïa, la dépression et la marginalité ? Les amis devinrent alors moins nombreux et la solitude monta en flèche. Dans le même temps les bistrots et les restaurants m’étaient désormais interdits, ou alors il fallait obéir à la religion étatique et fumer dehors sous la pluie, comme le premier chien venu. Ayant un certain sens de la dignité, je ne fis pas preuve de souplesse et cherchais une solution pour pouvoir survivre dans ce merdier, cette prison qu’on appelait le pays des libertés et des droits de l’homme, où les mensonges et la religion de l’argent étaient les seuls repères. L’amour était ma seule porte de sortie.

Puisque l’aventure à l’extérieur était désormais interdite, il fallait tenter l’aventure intérieure. L’amour avec quelqu’un pouvait permettre de construire autre chose qu’une prison. Un pays où le rêve, la poésie et la joie étaient des aventures encore possibles. La campagne était aussi une porte de sortie, en dehors du totalitarisme de Paris. Lorsque la guerre totale entre tous est déclarée, et qu’on n’a pas l’esprit barbare, il vaut mieux fuir les humains et rejoindre la nature, là où les flics de tous poils, avec ou sans uniforme, n’avaient pas le droit de cité.

En 1933, Wilhelm Reich écrivit “La psychologie de masse du fascisme” décrivant comment un peintre raté pouvait emmener tout un peuple dans la guerre, la destruction et le totalitarisme, grâce à l’esprit grégaire, l’esprit du troupeau qui veut idolâtrer un chef, afin de pouvoir en finir avec sa conscience, grâce à l’obéissance des humains soumis, qui veulent pouvoir manger et vivre comme des petits-bourgeois. Comment en finir avec la douleur d’avoir à réfléchir, d’avoir à choisir ? Il suffit que quelqu’un décide pour nous. Autant idolâtrer un chef qui aura de la puissance à notre place. Autant adopter un maître extérieur, tel un simple chien tenu en laisse. Adorer un chef qui réalisera mes rêves de toute puissance, que je pourrais vénérer comme un Dieu, un prêtre, un magicien. Un chef qui m’hypnotise. Un chef qui donne un sens à ma vie, une direction.

La guerre, c’est plus simple que de vivre normalement une vie d’humain, curieux, tolérant, courtois, civilisé, cultivé. C’est plus simple de trouver un coupable, sur lequel on va pouvoir faire sortir sa haine : l’arabe, le juif, le fumeur, le drogué, le pollueur. Ce coupable qu’on tient, enfin, entre les mains afin de pouvoir s’autoriser le sadisme.

Tu es fumeur ? Tu iras fumer sous la pluie. Tu es alcoolique ? Tu iras en prison. Tu es gros ? Tu iras en camp de reprogrammation psychologique. Tu es Arabe ? Tu retourneras dans ton bled. Et moi je serais heureux d’avoir la loi, la religion d’État, la croyance, la police pour que tous ces vilains soient punis.

Ces guerres me donneront l’occasion de trouver un sens à ma vie. Je suis incapable d’avoir la moindre joie dans ma vie, alors il faut que je trouve un responsable à mon impuissance, un bouc émissaire. Ma femme qui a la migraine, mon chef qui me gueule dessus, ma prime qui ne vient pas, le chômage qui me guette, ma calvitie naissante, mes dents que je perds, les gens qui ne rient jamais, lorsque je fais une blague…

Et ce coupable, la loi m’autorise à lui cracher dessus. Dehors les clochards, les fumeurs, les motards, les drogués. Grâce à Adolf ou Staline, je vais pouvoir jouir de leur souffrance. Trouver une raison de vivre, une direction dans cette vie d’esclave tétanisé par la peur, le changement. Condamné à acheter des choses en plastiques qui ne servent à rien, qu’à faire tourner les machines et les robots humains dans leur cage de hamster…

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