Julien Roux

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jeudi 1 janvier 2015

“L'Homme Dé” de Luke Rhinehart (1971) L’Olivier (1995)



Luke Rhinehart (pseudonyme) est un psychiatre estimé de ses collègues et aimé de sa famille qui décide un jour de prendre toutes ses décisions au dé. Sa vie va progressivement en être totalement transformée. Ce livre hautement dérangeant pour ceux qui aiment l'ordre et les prison mentales est une invitation à la possibilité de vivre sa vie en dehors des schémas de pensée traditionnels (religieux, moraux, sociétaux). Cet ouvrage est une invitation au désordre, à l'inconnu, à la dissidence, à la divergence.

dimanche 2 novembre 2014

“L'Obsolescence de l'Homme Tome II” de Günther Anders (1980) Éditions Fario (2011)



Extraits de “L'Obsolescence de l'Homme” Tome II de Günther Anders (1902-1992), publié en France par Éditions Fario en 2011.

lundi 27 octobre 2014

“La psychologie de masse du fascisme” de Wilhelm Reich (1933-1946) Payot (1999)




L’un des penseurs essentiels du 20e siècle fut Wilhem Reich, avec son ouvrage “La Psychologie de masse du fascisme”, écrit en 1933 (revu en 1946, pour l'édition américaine, traduit par la suite en France en 1970). Il comprit avant ses contemporains que le fascisme n’était qu’une loupe grossissante de l’impasse de la société industrielle, de la société des masses identiques.

Wilhelm Reich naît en Autriche le 24 mars 1897, dans l’exploitation agricole d’un couple juif aisé et désuni. Son enfance est studieuse et solitaire. Des précepteurs privés assurent son éducation. Le jeune Reich est fasciné par la nature et les phénomènes de reproduction et, très tôt, il aura ses propres cultures et élevages de petits animaux. Il a 13 ans lorsque son père le force à révéler la liaison de sa mère avec l’un des précepteurs. Elle mettra fin à ses jours peu de temps après. Il devient par la suite médecin, puis psychiatre. À Vienne, dans les années 20, Reich devient l’élève favori de Freud, dont il finira par se distancer pour aller au-delà des théories de son mentor. Là où Freud s'arrête aux névroses sexuelles de chaque individu, Reich va plus loin en analysant au niveau de la société entière, le rôle du contrôle de la sexualité dans l'asservissement des peuples.

En 1930, il émigre en Allemagne et fonde un centre public de recherche sur les conditions de vie contemporaines qui rassemblent plus de 100 000 adhérents. L'Allemagne est à l'époque en pleine révolution communiste et libertaire. Avec l'arrivée d’Hitler au pouvoir il est obligé de quitter l'Allemagne pour la Norvège, le Danemark, l'Angleterre puis les États-Unis. La Gestapo fera brûler, dès 1935, l’ensemble de ses ouvrages. À la suite d'expériences pour éliminer les cancers dus aux radiations nucléaires, la FDA (Food and Drug Admninistration) le jette en prison, où il meurt peu de temps après, en 1957. Il aura écrit plus de 30 ouvrages, dont une bonne partie est disponible en langue française. Certains en France considèrent Wilhelm Reich comme un homme d'extrême gauche, alors qu'il a fortement condamné les dérives de l'expérience soviétique. Wilhelm Reich était un défenseur de la liberté, valeur centrale dans une véritable démocratie.

La révolution libertaire des années 30 en Allemagne, dont il fût une des figures centrale, a été écrasée par les industriels allemands et américains qui ont financé la venue d’Hitler au pouvoir pour envoyer en camps tous les déviants (communistes, libertaires, alcooliques, drogués, homosexuels, romanichels, Juifs, etc.). Les libertaires de 1968 ont connu le même échec que ceux des années 30, mais sans connaître les camps de concentration, car entre-temps, la communication de masse (radio et surtout télévision) permit de transformer un projet de libération économique et sexuelle en un projet de consommateur «libre»... Mais, on commence à mieux voir quel était ce projet de libération... Ce sont, en réalité, quasiment, les mêmes cartels qu'en 1945, qui ont la liberté de vendre les mêmes produits dans le monde entier aux zombies sans culture, porcs abreuvés de sous-culture américaine. Ces cartels ont désormais toutes les cartes en mains : OMS, OMC, FMI, Banque Mondiale, Codex Alimentarius, Commission Européenne, Ordre des médecins, Ordre des pharmaciens, médias. Et pour un cartel, comme pour Rockefeller «La concurrence est un péché». On comprend mieux le point commun entre l'expérience soviétique (monopoles d'État) et le capitalisme version «trust» (monopoles privés). Le communiste, comme le dirigeant de «trust» ne veulent pas de la libre entreprise, de la liberté, de la concurrence, de la démocratie, car ils sont dangereux pour les monopoles (étatiques ou privés) aux commandes.



dimanche 26 octobre 2014

"Commentaires sur la Société du Spectacle” de Guy Debord (1988) Éditions Gérard Lebovici



Extraits de "Commentaires sur la Société du Spectacle” de Guy Debord (1988), lus par Julien Roux.

mardi 24 août 2010

Les Aventures d'un jeune Homme de Dos Passos (1939) Gallimard (1987)



Dos Passos (1898-1970), auteur états-unien publia en 1939 “Adventures of a young Man” (“Aventures d’un jeune homme”) qui relate l’épopée d’un jeune États-Unien, issu de la bourgeoisie, partagé entre son envie de s’insérer dans la bourgeoisie et ses aspirations plus idéalistes de changer le monde et de donner plus de pouvoir aux classes laborieuses. La période des années 30 fut, en effet, une époque où les idées progressistes (socialisme, communisme, émancipation, etc.) avaient le vent en poupe au sein de la bourgeoisie. Tout au long de son parcours Glenn Spotswood, le héros, rencontre une série de personnages, hauts en couleur, qui donne une assez bonne idée des États-Unis; après la première guerre mondiale, aussi bien chez les pauvres que chez les nantis de l’époque. C’est un roman plutôt désabusé d’un auteur qui après avoir adhéré aux idées communistes et espéré un changement politique aux USA, a par la suite changé de bord, au vu des résultats obtenus en URSS ou en Espagne. Son style est assez simple, peu littéraire, avec une narration très linéaire, la majorité du temps au présent. Les événements s’enchaînent, se bousculent, sans que le narrateur ne cherche à analyser en détail ce qu’il vit. C’est un peu déroutant, au début, pour un lecteur habitué à des styles plus classiques. Le futur et le passé ont peu de place, seul compte la connexion au présent, au réel. Voici un extrait de ce livre plutôt intéressant :

« Quand Ben siffla pour les avertir que c’était midi, tous les journaliers se mirent en rang avant de se rendre à la cuisine. Et lorsque Glenn eut enfin terminé ses ablutions, qu’il se fut débarrasser de la petite paille qui lui couvrait le visage et le cou et eu endossé une chemise sèche en cotonnade bleue, il ne restait plus sur la table de quoi rassasier un poulet. Au souper, il mangea d’abord et se lava ensuite. Mais il se sentait bien, aussi bien que le jour où il avait appris qu’il avait été admis à passer dans la classe supérieure au collège, parmi les dix premiers, lorsqu’il entendit le vieux Spike qui disait à Ben, après le repas, assis devant la porte de la cuisine qu’il pouvait dire à son copain que tous ses doigts étaient des pouces, qu’il aurait malgré ça ses deux dollars. Tout ce qu’il demandait à ses hommes c’était de ne pas mourir en plein travail, pas plus.

Cette nuit-là, Spike Parker fit dormir six journaliers dans la remise aux harnais, mais Glenn était si fourbu qu’il ne put même pas rester éveillé pour entendre ce que les hommes disaient lorsqu’ils se couchèrent sur leurs paillasses, tout en jurant et en se taquinant.

Il leur fallut encore quatre jours d’un travail harassant, sous un soleil de plomb, avant d’en avoir fini avec la récolte de blé du vieux Spike Parker. Après quoi ils partirent avec armes et bagages pour se rendre à la ferme de Crowell, distante d’un mille environ, tout au bas de la route. Et ce ne fut que lorsque Glenn se réveilla un beau matin pour s’entendre dire qu’il n’y avait plus de travail et qu’on était dimanche, qu’il eut le loisir de réfléchir à la situation. Il avait dormi dans un tas de foin, au fond d’un vaste grenier où nichaient des hirondelles. Ben et les autres journaliers étaient déjà descendus à la cuisine pour le petit-déjeuner. Glenn se retourna sur la paillasse et s’étira ; il avait des douleurs par tous le corps, mais il se sentait les muscles durcis, le corps hâlé, fourbu et content de lui. Il aurait dû faire marcher avec Ben une batteuse-lieuse au lieu de cette méchante bouilloire. Cependant, il avait appris à moissonner, de toute façon. Il s’était fait douze dollars en huit jours. Et bien, ça c’était une expérience. C’était une aventure qu’il pourrait raconter à Paul, en tout cas. Il se mit à rédiger dans son esprit la lettre qu’il écrirait à Paul, mais le sommeil le surprit et il se laissa envahir par une douce torpeur.

Lorsqu’il se réveilla, le grenier était aussi chaud qu’une fournaise. Des mouches tournoyaient autour de son nez. Il trouva un seau plein d’eau claire derrière la porte de la grande, se lava et se rasa devant un éclat de miroir appuyé contre un des râteliers à harnais. À l’extérieur de la grange obscure, le soleil vous tapait dessus, aussi fort qu’un coup-de-poing assené sur la nuque.

À peine Glenn se fût-il glissé à travers la porte de la cuisine que les moissonneurs se mirent à rire et à le taquiner ; ils avaient cru qu’il resterait à ronfler ainsi jusqu’au lundi matin. Ils étaient en train de finir la tarte aux fruits. On aurait dit que la table avait été prise dans une tornade. Mrs Crowell, qui s’affairait encore autour du fourneau, lui apporta une grande assiette en fer-blanc, remplie de côtes de porcs aux choux qu’elle avait gardé au chaud sur le coin du four et elle resta plantée devant Glenn pendant qu’il mangeait, après que les autres furent sortis en rotant à qui mieux mieux et en se curant les dents. »

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