Julien Roux

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samedi 6 avril 2019

Publication de “Journal d'un Chercheur” de Julien Roux aux Éditions Progress



Aujourd'hui paraît mon sixième ouvrage “Journal d'un Chercheur”. Celui-ci est un essai et un journal de bord de dix ans de recherche (2008-2018) en matière de santé, de politique et de philosophie. Il est, pour l'instant, disponible gratuitement en téléchargement.

Un petit extrait en libre accès :

2 septembre 2010

Imaginons que vous soyez membres d’une tribu d’Amazonie et qu’un jeune homme arrive dans votre tribu pour proposer d’ouvrir des mange-rapide, que l’on appelle souvent «fast-food». Dans ce cas, votre tribu se réunirait pour étudier la question et décider que ce genre de choses ne vous intéresse pas du tout et que votre tribu préfère manger les plantes gratuites que la nature met à la disposition des hommes, des animaux et des insectes.

Imaginons, désormais, que votre tribu d’Amazonie soit soudainement équipée de téléviseurs au sein de chacune des huttes de la tribu et qu’un jeune homme bien habillé vous propose dans cette lucarne magique de manger chez mange-rapide, car « c’est très très bon ». Au bout de quelques mois, la tribu acceptera l’implantation d’un mange-rapide, puisqu’on lui a expliqué, à longueur de journée, que c’était absolument génial. Plus tard, un individu dans la lucarne vous expliquera que les centrales nucléaires en Amazonie sont une idée mirifique. Alors, votre tribu acceptera cette idée fantastique, puisque quelqu’un vous a expliqué que c’était d’un raffinement suprême. Quelques mois plus tard, un type dans la lucarne vous expliquera que l’immigration massive est une formidable chance pour l’Amazonie et que rien ne peut être aussi fabuleux. Alors, votre tribu acceptera l’arrivée de dix millions de Chinois puisque le type dans la lucarne magique a dit qu’il ne faut manquer cette opportunité sous aucun prétexte…

Que c’est-il passé ? La parole de la tribu a été remplacée par la parole des hommes de la lucarne. L’autonomie, la culture, l’identité, les traditions, les savoirs de la tribu ont été détruits et remplacés par la propagande des hommes de la lucarne magique.

5 septembre 2010

Ma grand-mère était une industrielle de la province. Chez elle il y avait encore un peu de l’atmosphère du 19e siècle… L’argent était en train de quitter le bateau, mais il restait encore de beaux restes. Lorsqu’il y avait un dîner la bonne sortait l’argenterie et le cristal. Dans la cuisine, j’observais avec curiosité un tableau lumineux qui permettait d’appeler la bonne dans chaque chambre. Elle apportait le petit-déjeuner au lit sur un bruit de sonnette, ou un clignotement de lumière. Il y avait trois salons, celui pour dîner, celui pour faire la conversation et le dernier pour écouter la radio. La cuisine, elle-même, était composée de trois grandes pièces. J’avais le sentiment d’un château, d’un espace immense, de possibilités infinies… Dans une des pièces au fond d’un couloir, un peu sombre, il y avait des centaines de bandes dessinées d’après guerre. C’était les bandes dessinées de ses enfants, désormais adultes depuis longtemps. Elles avaient une odeur de papier moisi et montraient l’atmosphère, l’humeur des années 50… Encore plus au fond de l’appartement, il y avait une porte qui donnait sur l’escalier de service, et là il y avait des pauvres…

Quand je côtoyais ma grand-mère, il n’y avait déjà plus de bonnes, il ne restait qu’un chauffeur à temps partiel. Moi qui aie toujours vécu dans de petits appartements parisiens, j’imagine la joie du notable de province qui pouvait jouir de 300 mètres carrés et de domestiques. Tout cela a progressivement presque totalement disparu… Pour la plupart c’est pain sec, métro et supermarché… Les domestiques ont disparu et nous sommes tous devenus des serviles…

C’est ma grand-mère qui m’a fait aimer la lecture. Elle me donnait du lait concentré sucré et des livres, j’étais aux anges… Peut-être avait-elle senti que les livres seraient un moyen d’élargir mon esprit, face à une époque sanglante.

6 septembre 2010

Après avoir été rédacteur en chef d’une lettre d’information confidentielle sur les médias pendant 10 ans, quelques années plus tard, à la suite d’un décret, de 2007, jetant les fumeurs de tabac à la rue, j’avais décidé d’enquêter de manière indépendante sur la fable du tabagisme passif, inventé en 1939 par les nazis et remis au goût du jour par le fascisme de l’Union Européenne. Je créais donc un site Web collectif dont la mission était d’enquêter sur les sujets peu couverts par les grands médias. En ouvrant la boîte de pandore je fus embarqué dans un déluge de mensonges, de propagandes et d’arnaque scientifiques et politiques. J’avais, avant cela, de gros doutes sur le système dans lequel je vivais, mais ce que je découvris écrasa totalement mes dernières illusions.

Les mots démocratie ou liberté paraissaient soudain provenir d’une autre planète, Jupiter ou Mars. Mais, pour faire ce chemin long et douloureux, il fallait accepter d’ouvrir les yeux sur le monde. Accepter d’avoir été pendant si longtemps un idiot, une autruche qui se cache sous terre. Accepter de perdre ses illusions, ses croyances. Accepter d’être conscient de vivre dans une prison, appelée démocratie. Voir ses chaînes autour des pieds et savoir qu’il n’est pas possible de sortir de cette prison.

Mes amis n’avaient pas envie de faire ce voyage. Ils n’avaient pas le temps et l’envie de savoir. Savoir, c’était comme un après-midi dans un parc d’attractions, où soudain les gentils animateurs se transforment en vampires. Comment faire pour rester ensuite dans le parc d’attractions ? Comment faire pour ne pas sombrer dans la paranoïa, la dépression et la marginalité ? Les amis devinrent alors moins nombreux et la solitude monta en flèche. Dans le même temps les bistrots et les restaurants m’étaient désormais interdits, ou alors il fallait obéir à la religion étatique et fumer dehors sous la pluie, comme le premier chien venu. Ayant un certain sens de la dignité, je ne fis pas preuve de souplesse et cherchais une solution pour pouvoir survivre dans ce merdier, cette prison qu’on appelait le pays des libertés et des droits de l’homme, où les mensonges et la religion de l’argent étaient les seuls repères. L’amour était ma seule porte de sortie.

Puisque l’aventure à l’extérieur était désormais interdite, il fallait tenter l’aventure intérieure. L’amour avec quelqu’un pouvait permettre de construire autre chose qu’une prison. Un pays où le rêve, la poésie et la joie étaient des aventures encore possibles. La campagne était aussi une porte de sortie, en dehors du totalitarisme de Paris. Lorsque la guerre totale entre tous est déclarée, et qu’on n’a pas l’esprit barbare, il vaut mieux fuir les humains et rejoindre la nature, là où les flics de tous poils, avec ou sans uniforme, n’avaient pas le droit de cité.

En 1933, Wilhelm Reich écrivit “La psychologie de masse du fascisme” décrivant comment un peintre raté pouvait emmener tout un peuple dans la guerre, la destruction et le totalitarisme, grâce à l’esprit grégaire, l’esprit du troupeau qui veut idolâtrer un chef, afin de pouvoir en finir avec sa conscience, grâce à l’obéissance des humains soumis, qui veulent pouvoir manger et vivre comme des petits-bourgeois. Comment en finir avec la douleur d’avoir à réfléchir, d’avoir à choisir ? Il suffit que quelqu’un décide pour nous. Autant idolâtrer un chef qui aura de la puissance à notre place. Autant adopter un maître extérieur, tel un simple chien tenu en laisse. Adorer un chef qui réalisera mes rêves de toute puissance, que je pourrais vénérer comme un Dieu, un prêtre, un magicien. Un chef qui m’hypnotise. Un chef qui donne un sens à ma vie, une direction.

La guerre, c’est plus simple que de vivre normalement une vie d’humain, curieux, tolérant, courtois, civilisé, cultivé. C’est plus simple de trouver un coupable, sur lequel on va pouvoir faire sortir sa haine : l’arabe, le juif, le fumeur, le drogué, le pollueur. Ce coupable qu’on tient, enfin, entre les mains afin de pouvoir s’autoriser le sadisme.

Tu es fumeur ? Tu iras fumer sous la pluie. Tu es alcoolique ? Tu iras en prison. Tu es gros ? Tu iras en camp de reprogrammation psychologique. Tu es Arabe ? Tu retourneras dans ton bled. Et moi je serais heureux d’avoir la loi, la religion d’État, la croyance, la police pour que tous ces vilains soient punis.

Ces guerres me donneront l’occasion de trouver un sens à ma vie. Je suis incapable d’avoir la moindre joie dans ma vie, alors il faut que je trouve un responsable à mon impuissance, un bouc émissaire. Ma femme qui a la migraine, mon chef qui me gueule dessus, ma prime qui ne vient pas, le chômage qui me guette, ma calvitie naissante, mes dents que je perds, les gens qui ne rient jamais, lorsque je fais une blague…

Et ce coupable, la loi m’autorise à lui cracher dessus. Dehors les clochards, les fumeurs, les motards, les drogués. Grâce à Adolf ou Staline, je vais pouvoir jouir de leur souffrance. Trouver une raison de vivre, une direction dans cette vie d’esclave tétanisé par la peur, le changement. Condamné à acheter des choses en plastiques qui ne servent à rien, qu’à faire tourner les machines et les robots humains dans leur cage de hamster…

Pour lire la suite c'est : ici.

vendredi 30 mai 2014

Les Champs et les Près de Pierre Joigneaux (1888)



Nous avons de l’or sous les pieds, le fumier, et nous le jetons par la fenêtre… Les Éditions Progress republient l'ouvrage "Les Champs et les Près” de Pierre Joigneaux. Dans ce livre, Pierre Joigneaux (1815-1892) explique, en détail, le rôle capital du fumier pour le cultivateur. La terre a, en effet, besoin d’être richement nourrie si l’on veut qu’elle soit productive. Pierre Joigneaux est l’homme qui réussit à faire voter, le 16 décembre 1873, une loi à l’Assemblée Nationale afin de transformer le Potager de Versailles en École nationale d’horticulture.

Pierre Joigneaux est très bien placé pour parler de ce sujet essentiel puisqu’il fût l’un des plus grands agronomes français du xixe siècle, ayant à son actif plus d’une dizaine d’ouvrages pratiques et des centaines d’articles dans la presse sur la question de l’agriculture.

Pierre Joigneaux était un homme épris de liberté qui dût fuir la France, du fait de son opposition au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Persuadé que le savoir était la question centrale pour la promotion de la démocratie, il passa sa vie entière à transmettre le savoir des anciens aux paysans de son époque.

Si le mot démocratie, le pouvoir aux peuples, possède encore un sens et peut-être, pour les plus utopistes, un avenir, il est intéressant de se poser la question de la façon de pouvoir atteindre cet objectif. L’autonomie est, semble-t-il, une bonne façon de rompre les chaînes qui nous asservissent. En effet, nous sommes comme des pantins manipulés par des fils, des liens tenus par nos dirigeants. Ces liens de dépendance sont nombreux : chômage, maladie, logement, information, formation, déplacement, retraite. Pour que le pantin se libère de celui qui le manipule, il doit couper ses fils. Comme un enfant se sépare de ses parents grâce à son autonomie, l’humain se libérera de son père étatique par l’autonomie. Ce qui a manqué au peuple contre les rois, ou les industriels c’est l’autonomie. L’autonomie de penser, de manger, de se soigner, de s’éduquer, de se déplacer.

Dans une époque qui, grâce à la propagande, peut faire avaler n’importe quelle théorie fumeuse à la masse, même celle qui va à l’encontre de ses propres intérêts, l’autonomie est une urgence. Urgence, car nous disposons presque encore de la capacité à vivre en autonomie. Mais c’est de moins en moins le cas. Tout est fait pour détruire les capacités de l’humain à être indépendant du système techno-scientiste : radars automatiques, caméra de vidéo surveillance, puçage électronique, OGM, etc. Les prévisions pessimistes de Georges Orwell s’accomplissent devant nous. Il avait, en effet, bien compris que le totalitarisme nazi et soviétique était de très mauvais augure pour la suite du développement de l’humanité. Car désormais la technologie pouvait s’emparer des cerveaux humains de manière radicale (radio, télévision, ordinateur). Et le mot liberté semble devoir devenir une abstraction totalement étrangère à l’humain. De quelle liberté peut disposer un robot programmé par l’école, la télévision et l’usine ? Nous pouvons bien sûr accepter un monde sans liberté, comme une sorte de fatalité qui se serait abattue sur nous. D’ailleurs un monde sans liberté peut être aussi un choix pour l’humanité, le choix de l’impasse. Mais c’est finalement le choix de ne pas vivre. De vivre en réalité une vie de mort-vivant. Car ce qui fait notre spécificité d’humain c’est sans doute cette capacité de choisir. Un humain peut décider de s’habiller en clown ou de boire un whisky. Un chat, malgré ses très nombreuses qualités, ne peut pas faire ce genre de chose. Nous priver de cette capacité de choix, serait donc une manière de rétrograder à la position de l’animal. Mais en réalité, nous serions beaucoup plus bas que l’animal, puisque nous avons aussi perdu la capacité à vivre sans argent, sans médecin, sans prison et sans police.

Développer l’autonomie humaine est donc un pari sur l’avenir. Un arbuste que l’on plante, afin d’en récolter bientôt les fruits. On nous a volé notre autonomie intellectuelle, et nous ne savons plus penser par nous-mêmes, nous en avons perdu l’habitude et la manière de faire. Pour penser par nous-mêmes, il nous faut faire des expériences, essayer des choses, afin de comprendre la réalité de notre environnement, afin de découvrir par nous-même, de fabriquer notre propre science; une science au service des humains et non aux services des monopoles industriels.

Cette science naît de l’observation du vivant. Le vivant est notre environnement naturel : plantes, animaux, ciel, planètes. Notre environnement naturel n’est pas constitué de béton, d’usine, de métro et de building. En nous séparant de la nature, nous avons perdu sa compréhension. Nous ne sommes capables de raisonner que sur la matière morte et technologique : ordinateur, usine, plastique, bitume. Nous avons cru que ce projet technologique allait rendre l’homme heureux, alors qu’il l’a simplement rendu dépendant et prisonnier de la technologie et des capitaines d’industrie, mais en aucun cas heureux. Pour retrouver notre indépendance, il nous faut sortir de la matrice et nous coltiner avec la réalité de notre environnement naturel. « Cette plante a-t-elle besoin de beaucoup de soleil ? » est une question beaucoup plus fondamentale que « ce système d’exploitation informatique sera-t-il plus performant ? »

Qu’est-ce qu’un système d’exploitation informatique ? Le nom le dit clairement : un système pour exploiter, un système de racket des clients tous les trois ans en les obligeant à renouveler leurs ordinateurs pour pouvoir communiquer avec d’autres humains. Ceci n’a rien à voir avec le souhait de l’humanité de se libérer, afin d’évoluer vers une vie plus libre et plus riche. Ceci n’a rien à voir avec le progrès humain, mais avec le progrès technologique. Mais alors la question se pose : qu’est-ce que le progrès humain ? Ne jamais, ou presque, connaître la maladie, serait sans doute un progrès immense pour l’humanité. Cela voudrait dire ne rien dépenser pour sa santé, c’est-à-dire ne pas dépenser sa précieuse sueur pour faire face à la maladie. Un humain en bonne santé, sans médecins, comme le fait l’animal depuis des millénaires est un animal qui s’est reconnecté au vivant, à son environnement naturel, afin de mieux comprendre son extrême simplicité et en même temps l’impossibilité de pouvoir comprendre réellement ses mystères.

Car le vivant nous dépasse, nous sommes incapables de le mettre en boîte pour en reproduire l’exacte réalité. Le vivant est constitué de visible et d’invisible, et nous avons oublié que cette partie invisible nous dépasse totalement.

Un scientifique honnête est un scientifique humble, car son intelligence lui permet seulement de comprendre quelques réalités physiques. Mais la plupart des scientifiques officiels ne sont en aucun cas des gens humbles, mais des perroquets bien payés pour répéter ce que souhaitent nos dirigeants. Un scientifique qui recherche les moyens de libérer l’humanité n’a bien sûr, on s’en doute, aucune chance de faire une quelconque carrière.

C’est pourquoi cet ouvrage réédité par les Éditions Progress est un ouvrage qui permet l’autonomie agricole, grâce à la question centrale du fumier. On ne disait pas autrefois pour rien : « riche comme son tas de fumier. »

Extraits du livre :

« Les sols trop argileux, trop calcaires, trop siliceux et trop marécageux ne conviennent pas à la culture. Le plus habile de vous autres ne gagnerait pas, à les cultiver, de l’eau à boire. Terre trop argileuse n’est bonne qu’à fabriquer des pots, des briques, des tuiles, qu’à servir de terre à foulon et à faire des aires de grange. Terre trop calcaire n’est bonne qu’à rendre un pays triste et nu, comme l’est, en France, la Champagne pouilleuse, et, en Belgique, certaines crêtes des montagnes de la Famenne. Terre trop siliceuse n’est bonne qu’à sabler les allées ou à aveugler les gens, quand soufflent les rafales. Terre trop marécageuse n’est bonne qu’à fournir de la tourbe pour chauffer les pauvres gens, donner des cendres pour engrais et occasionner des maladies.

Ce n’est que mariées les unes avec les autres, calcaire avec argile, argile avec calcaire, silice avec terreau, terreau avec silice ; ce n’est qu’en ôtant de l’eau d’où il y en a trop, en amenant de l’eau où il n’y en a pas assez, qu’on obtient des sols cultivables et de bon rapport.

Tantôt, c’est l’argile qui domine ; tantôt, c’est le calcaire ; tantôt, c’est la silice. Voilà ce qui varie la qualité de nos terres ici comme partout. Aux bons vins et aux bons fruits, les sols où le calcaire domine ; aux bons froments, les sols où l’argile a le dessus ; aux bons colzas et, aux bonnes navettes, aux belles racines et aux belles avoines, les sols où la silice ne manque pas.

Un sol riche pour un vigneron est souvent pauvre pour un fermier ; un sol riche pour un fermier est souvent pauvre pour un vigneron. Essayez donc de faire pousser de superbes céréales où poussent les délicieux raisins de Chambertin, de Corton, du Clos de Vougeot, de Beaune, de Pommard et de Volnay, et vous m’en donnerez des nouvelles. Ce sont les variétés de terrains qui font les variétés de produits. Tel qui ne convient pas à certaine plante convient merveilleusement à certaine autre. À mon avis, il n’y a véritablement de sol pauvre que celui qui n’a pas de profondeur. Rivière profonde porte bateau, terre profonde porte récoltes.

À présent que nous avons dit des sols ce que nous avions à en dire, parlons, si vous le voulez bien, de ce qui est dessous, à savoir des sous-sols.

Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont quelquefois trompeuses. N’achetez pas une maison qui vous paraît belle et solide, sans savoir ce que valent les fondations. N’achetez pas non plus une terre qui paye de mine et paraît bonne en dessus, sans savoir approchant ce que vaut le dessous. Le sous-sol est comme qui dirait le lit sur lequel est couchée la terre labourable. Tantôt c’est un lit d’argile, tantôt de rochers, tantôt de petits cailloux, ou bien encore de sable siliceux mouvant, ou de sable calcaire dur comme la pierre ou facile à entamer, ou bien, enfin, c’est un lit de marne calcaire. Un sous-sol d’argile convient beaucoup à une terre sèche et brûlante, parce que, ne laissant point passer facilement l’eau qui lui arrive, il communique de sa fraîcheur aux racines des végétaux. Mais si ces racines tendent à pivoter à une grande profondeur, le sous-sol en question les arrête dans leur croissance, et les végétaux languissent et meurent. Les poiriers, la luzerne et la vigne, par exemple, ne s’accommodent pas d’un sous-sol argileux, parce qu’il est trop résistant, trop humide et qu’il manque d’air. C’est afin de lui en donner, qu’on recommande de le remuer profondément avec les charrues-taupes ou fouilleuses.

Les sous-sols de rochers, de cailloux et de sable dur gênent aussi beaucoup la croissance des racines pivotantes. Ils ont l’inconvénient d’appartenir à des terrains brûlants, pour la plupart, et de ne point garder l’eau des pluies. Une pente de rien, une déchirure, un trou, une fente, et l’eau s’en va, et l’eau s’y jette pour descendre je ne sais où. Cependant, dans les terres légères des climats humides, les sous-sols pierreux ont des avantages marqués. Ils forment un drainage naturel qui assainit et aère le terrain.

Un sous-sol de sable divisé ne retient pas l’eau non plus. Ce sous-sol est par conséquent plus avantageux aux terrains argileux qu’aux terrains calcaires. Avec des inondations d’eau boueuse qui dépose du limon, on peut espérer de donner de la consistance à ce sous-sol. Oui ; mais cela n’est pas toujours faisable.

Enfin, un sous-sol de marne calcaire, c’est-à-dire un sous-sol formé d’un peu d’argile et de beaucoup de calcaire, est une véritable fortune pour les cultivateurs de terrains argileux et siliceux. Je vous dirai plus tard pourquoi.

Il y a des signes auxquels on reconnaît l’existence d’un sous-sol de marne calcaire. C’est, par exemple, quand il pousse dans les champs du yèble et des ronces traînantes. Vous connaissez les ronces, bien sûr, mais vous ne connaissez peut-être pas ce que l’on nomme yèble. C’est ce sureau des champs qui donne des fleurs blanches et des fruits noirs, comme le sureau de nos jardins et de nos haies.

Depuis longtemps, le yèble passe pour indiquer une bonne nature de terre, et, à ce sujet, il faut, mes amis, que je vous redise un conte vieux comme les rues et qui ne me semble pas avoir été inventé pour rien. »

Pour acheter le livre :
“Les Champs et les Prés”

Auteur : Pierre Joigneaux
Éditeur : Éditions Progress
Nombre de pages : 160
Première édition : 1888
Date de la présente édition : 10/06/2014
Sujet : agriculture, permaculture

samedi 5 février 2011

“Les Aventures de la Vache Rouge” de Julien Roux (2011)



Publication de mon cinquième ouvrage : “Les Aventures de la Vache rouge”.

Pour télécharger des extraits :
Extraits du livre

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mercredi 1 décembre 2010

“Prague” de Julien Roux (2010)



Parution, aujourd'hui de mon quatrième ouvrage “Prague”.

Pour avoir un aperçu de celui-ci :
Extraits du livre

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