Julien Roux

Mot-clé - machine

Fil des billets - Fil des commentaires

dimanche 31 janvier 2016

Rester Debout par le professeur Choron





dimanche 3 janvier 2016

“La Convivialité” de Ivan Illich (1973) Seuil



mardi 6 janvier 2015

La Violence, le Corps, et l'Esprit par Julien Roux (2014)

dimanche 2 novembre 2014

“L'Obsolescence de l'Homme Tome II” de Günther Anders (1980) Éditions Fario (2011)



Extraits de “L'Obsolescence de l'Homme” Tome II de Günther Anders (1902-1992), publié en France par Éditions Fario en 2011.

dimanche 29 juin 2014

"Français si vous saviez" de Georges Bernanos (1948) Gallimard (1961)



Georges Bernanos est sans doute l'un des plus grands auteurs du 20e siècle, non par sa production de romans, mais pour son travail d'essayiste. En 1944, il publie “La France contre les robots” qui analyse les raisons des deux guerres mondiales qui viennent de dévaster l'Europe. La principale raison de ce désastre détruisant deux générations successives fut, selon Georges Bernanos, la mécanisation de l'homme, sa transformation en complet robot. En 1961, Gallimard publiera “Français, si vous saviez” une série d'article de Bernanos publiés dans la presse de 1945 à 1948, aussi intéressants que l'ouvrage majeur de Bernanos “La France contre les robots”.

Extraits :

“Le modeste, mais ferme jugement qu’il m’arrive souvent de poser sur la France actuelle a certainement de quoi irriter les amis simplistes auxquels la thèse des deux France - une à droite une à gauche - paraît beaucoup plus rassurante et plus commode. Je ne nie pas qu’il y ait, électoralement parlant, une France de gauche et une France de droite, et j’admets volontiers que cette division, bien que sans signification réelle, puisse être encore la cause prochaine de grands maux. Mais elle ne saurait servir à rien.

Tout le monde comprend parfaitement que si, le pacte germano-russe s’étant transformé en alliance militaire pure et simple, le hasard de la guerre avait fait de l’armée russe l’armée d’occupation, remplacé la Gestapo par la Guépéou, les martyrs ne seraient pas aujourd’hui du même côté. Emmanuel d’Astier disait l’autre jour, une fois de plus, que la Résistance avait eu le cœur à gauche. Dans ces conditions, elle l’aurait eu à droite, voilà tout. Je crois d’ailleurs que ce fait n’a pas l’importance que la polémique pourrait lui prêter. Il n’y a pas deux France, au sens exact du mot, pour la raison qu’il n’y a plus une France de droite, une doctrine de droite, une conception, si j’ose dire, « droitière » de l’Histoire. Historiquement, politiquement, la France de droite n’existe plus. À l’opposé des extrémistes de gauche, il y a les modérés de gauche, et quand ces derniers passent eux aussi pour extrémistes, c’est qu’ils sont « extrêmement modérés ». Modérés à l’extrême.

En somme, tout le monde marche vers la gauche, c’est-à-dire vers une socialisation totalitaire. Il y en a qui ne tiennent pas à aller vite et, de temps en temps, marquent le pas. Mais, une telle image risque de fausser l’esprit, car, tous ses gens ne se meuvent pas, ils sont mus. Il serait plus exact de dire que, si les uns vont plus rapidement que les autres, c’est qu’ils se trouvent au milieu de la rivière, là où le courant est plus rapide, tandis que les autres glissent lentement le long des berges... Le monde moderne évolue vers la servitude totalitaire aussi sûrement qu’un fleuve va vers la mer, pour la raison, très simple, qu’un monde de mécanique doit devenir lui-même une mécanique, et une mécanique si compliquée, aux engrenages si nombreux et si délicats que la présence d’un homme libre, dans cette machinerie, paraîtra tôt ou tard aussi menaçante, qu’à l’intérieur du système solaire une planète soustraite par quelque miracle aux lois de la gravitation universelle.


“La France contre les Robots” de Georges Bernanos (1944) Robert Laffont

Le monde moderne évolue vers le totalitarisme, et il traîne après lui des troupeaux d’hommes qui croient la conduire, alors qu’il les emporte. Les hommes ont fabriqué les machines, c’est entendu, ils sont donc, en un sens, les auteurs de la civilisation des machines. Mais, c’est par esprit de lucre et de spéculation qu’ils se sont mis à multiplier les machines, beaucoup plus que par la passion du confort. Car la passion du confort ne leur est nullement naturelle, comme on leur fait croire. Elle n’est entretenue en eux que par un immense effort, chaque jour plus gigantesque, de propagande et de publicité. C’est bien pourquoi, dès que se taisent un seul moment les voix innombrables qui jour et nuit, portées par les ondes, travaillent leur conscient et leur subconscient, ils ne rêvent que de camping au bord des fleuves, de nuits passées sous la tente, de forêts vierges ou de glaciers vertigineux, bleus comme le ciel. Ils ont multiplié les machines, et la multiplication des machines pose chaque jour de nouveaux problèmes plus difficiles à résoudre, dont chacun marque une étape vers le paradis exécrable où la liberté ne sera plus qu’une anomalie monstrueuse, un phénomène pathologique. Où la liberté d’un seul individu devra être considérée comme une menace redoutable pour la collectivité tout entière.

[...]

Peut-être serait-il possible d’aller encore plus profond, de découvrir par exemple, que ce qui nous a le plus dangereusement déçus n’était pas le fait brutal de notre défaite de 1940, mais que cette défaite ait eu pour nous le sens fatal, augural, d’une décadence autrement grave, autrement irréparable que la décadence militaire. La machinerie nous a pris notre terre, la machinerie nous l’a rendu, nous avons été conquis par la machinerie, libérés par la machinerie, tout se passe comme si nous étions dans le monde de la machinerie une chose inerte, un poids mort.

Si cette civilisation est valable, sommes-nous condamnés à rester ainsi à sa traîne, car aucun homme doué de bon sens ne saurait croire que notre retard puisse se rattraper, que nous serons capables de rivaliser demain avec d’énormes constructions économiques usurpant le nom de nations et auprès desquelles le Grand Reich lui-même paraîtra sans doute un jour singulièrement humain  ?



Cette idée d’avoir ainsi perdu à jamais son rôle historique de peuple-guide, de peuple-maître, est insupportable à mon pays. Je ne prétends pas qu’elle soit en lui, pour parler comme Descartes, claire et distincte, mais elle entre d’autant plus avant qu’il évite de se la formuler, elle remontera tout à coup des profondeurs, elle le poussera aux plus sanglantes expériences, et peut-être jusqu’au suicide.

Le moment est donc venu, ou jamais, de le forcer à se poser la question  : «Cette civilisation est-elle plus valable que moi  ? Est-elle seulement valable  ? D’elle ou de moi qui est condamné à périr. On dit qu’elle se rend maîtresse des forces de la nature. Mais n’est-ce pas elle, au contraire, qui trahit l’homme au profit de ces forces aveugles qu’elle déchaîne et bientôt ne contrôlera plus  ? La cause de mes déceptions et de mes humiliations au cours de ces dernières années n’est-elle pas dans le refus que je lui oppose presque sans le savoir, moi le premier. » Je sais bien que de tels propos seront mal compris maintenant. Il nous suffit qu’ils aillent au cerveau et au cœur de quelques êtres privilégiés qui ont, sans le savoir eux aussi peut-être, le mystérieux dépôt de l’Espérance française.”

1947